Commémoration du 90ème anniversaire
de la bataille de Verdun à l'Ossuaire de Douaumont (10 novembre 2006)

Vendredi 10 Novembre 2006

Verdun 2006

Notre Président le Général le Groignec aurait souhaité être parmi nous aujourd’hui pour commémorer le 88ème anniversaire de l’armistice et le 90ème anniversaire de la Bataille de Verdun. Retenu pour raisons de santé, il m’a prié d’excuser son absence et nous a adressé ces quelques mots.

L’Ossuaire de Douaumont, où reposent les restes d’environ 300 000 hommes, est, sans conteste, le plus haut lieu de mémoire des armes de la France. Maurice Barrès l’appelait « le Mausolée du cœur français ». Car le vrai tombeau des morts est dans le cœur des vivants.

« Heureux, écrit Charles Péguy qui tomba dès le 5 septembre 1914, heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle, pourvu que ce fut dans une juste guerre. »

Le 18 septembre 1927, lors de la translation à Douaumont des premiers cercueils, Philippe Pétain, Maréchal de France, avait rendu hommage au soldat, qui pour lui, était le vainqueur de Verdun.
« Nous qui l’avons connu, déclarait-il, nous savons qu’il était simplement un homme avec ses vertus et ses faiblesses ; un homme de notre peuple dont les pensées et les affections étaient restées attachées, malgré les mois de guerre, au cercle de famille, à l’atelier, au bureau, au village, à la ferme où il avait grandi.

Le 7 août 1932, lors de l’inauguration de l’Ossuaire il prend la parole devant le Président de la République au nom du Comité de l’Ossuaire et des Anciens de Verdun. Il reprend l’éloge du Soldat de Verdun qui, « par une acceptation consciente et sereine de la souffrance et de la mort, par une volonté que la durée de la bataille n’a pu entamer, mérite son impérissable renom ».

Ce portrait du Soldat dans la guerre, il souhaite qu’il serve de modèle au simple citoyen dans la paix, cette paix de l’entre-deux-guerres dont il évoque la fragilité : « Une crise sans précédent, déclarait-il, ébranle le monde et menace jusque dans ses fondements notre civilisation. Il ne nous appartient pas d’en indiquer les causes ni de proposer des remèdes, mais il est hors de doute que le salut de notre pays exigera de tous des efforts et des renoncements. Ces efforts, qu’ils aient pour but le resserrement de nos liens nationaux, la sécurité de notre territoire […] ne sont point au-dessus de nos possibilités : l’exemple de Verdun est là pour témoigner de la capacité d’abnégation, de ténacité et de persévérance de notre race. Dans les moments d’angoisse ou d’incertitude qui font vaciller les plus fermes desseins, tournons nos pensées vers ce soldat de Verdun dont la vertu semblait sans limite ; nous puiserons en lui la notion du devoir et la volonté de l’accomplir. »

On sait comment l’illustre soldat vécut lui-même cette exhortation, quand en juin 1940, il prit la France blessée dans ses bras ; la France que les hommes politiques, violant la Constitution, avaient lancé dans la guerre, avant de s’esquiver dans la défaite et de venir, cinq ans plus tard, l’accuser en Haute Cour de s’être emparé du pouvoir et d’avoir « entretenu des intelligences avec l’Allemagne ». Cette fable demeure l’un des nombreux arguments ad hominem qui, aujourd’hui, visent à contester sa gloire et son sacrifice. Deux exemples sont, à ce sujet, particulièrement édifiants et méritent d’être cités.

Il s’agit d’abord, d’après le Figaro du 12 avril 1990, d’un entretien au cours duquel un mémorialiste très controversé déclarait au sujet de la bataille de Verdun : « A la fin de février 1916 […] Pétain […] qui venait d’être nommé et s’était déclaré grippé […] a complètement laissé son état-major qu’il avait envoyé en précurseur se débrouiller seul, sans lui donner d’ordres, et il n’est intervenu que le plus tard possible, c’est-à-dire pratiquement quand les lignes ont commencé à se stabiliser ». Fin de citation. Un bon élève en histoire du niveau bac moins 6 serait certainement plus savant et moins perfide.


Il s’agit ensuite d’une déclaration du Chef de l’Etat qui, le 25 juin 2006, ici même jugeait le Maréchal « comme le vainqueur de Verdun », mais estimait politiquement nécessaire de rappeler cette contre-vérité selon laquelle – je le cite- « en juin 1940, le même homme, parvenu à l’hiver de sa vie, couvrit de sa gloire le choix funeste de l’armistice ».

Le caractère sacré de ce haut lieu interdisait pourtant toute polémique de ce genre, quand l’idéologie et le sectarisme le disputent à l’histoire. Il nous interdit, de même, toute controverse, sinon le rappel du simple fait qu’en mai 1966 trente associations regroupant 800000 Anciens Combattants, avaient demandé la translation à Douaumont de la dépouille mortelle du prisonnier de l’Ile d’Yeu.

Il importe donc, plus que jamais, de lutter pour enseigner aux jeunes générations que le sacrifice du Maréchal à la tête de l’Etat, en 1940, puisait aux mêmes sources du devoir que l’abnégation du Soldat de Verdun. C’est avec la même foi que doit être défendue une mémoire qui se confond avec celle de la France. Telle est notre mission. Nous ne faillirons pas. On les aura !

 

 


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